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Pressions et menaces

Malgré leur valeur patrimoniale reconnue, les poissons migrateurs subissent depuis plusieurs décennies un déclin continu. La perte et le fractionnement de leurs habitats, la pollution, la baisse de qualité des eaux, la surexploitation due à la pêche, le changement climatique sont notamment en cause.

Dégradation des habitats

Les pressions anthropiques, au niveau des bassins versants qu’elles soient urbaines, industrielles ou agricoles ont un impact sur la qualité de l’eau et sur la continuité écologique et constituent un facteur limitant pour les populations de grands migrateurs.

 

Sur le bassin Seine-Normandie, plus de 7 500 ouvrages ont été recensés. Ces très nombreux ouvrages (seuils de moulin, barrages …) constituent l’une des principales causes du déclin des grands migrateurs. En effet, outre le blocage ou le fort ralentissement des cycles de migration, ces ouvrages accentuent les phénomènes d’eutrophisation, le réchauffement des eaux et réduit fortement la richesse des zones naturelles aquatiques ou habitats (banalisation, perte de diversité biologique, accentuation de la sédimentation et du colmatage, disparition des variations naturelles des niveaux d’eau…) et augmentent l’évaporation.

 

Bien que la majeure partie des ouvrages du bassin présente des hauteurs de chute pouvant être considérées comme « faibles » au regard de l’usage hydroélectrique, ces ouvrages ont un impact considérable sur les possibilités de migration. En effet, dès 0,5 mètre les obstacles sont infranchissables par les aloses et les lamproies et au-delà de 1 mètre, les capacités migratoires des salmonidés sont fortement réduites.

barrage

L’évolution des modalités de gestion (vannes restant aujourd’hui le plus souvent fermées en permanence sur de nombreux ouvrages n’ayant plus d’utilisation) tend à réduire encore les possibilités de franchissement des petites et moyennes chutes.

 

Par ailleurs, même équipés de dispositifs de franchissement le cumul des obstacles sur un même linéaire induit, à la montaison, un retard à la migration allant jusqu’à compromettre la reproduction et à la dévalaison, un impact cumulé des dommages directs (mortalités liées aux turbines hydroélectriques, chocs sur les radiers ou dissipateurs d’énergie, variations brutales des vitesses…) et indirects (difficultés à « repérer » l’exutoire, sensibilité accrue à la prédation des poissons choqués ou désorientés).

Passe de poissons

Les effets cumulés des ouvrages apparaissent clairement comme la cause principale du maintien des cours d’eau dans un état médiocre. Réduire le cloisonnement des cours d’eau est une des orientations du SDAGE Seine-Normandie. Assurer la continuité écologique, qui permet à la fois le déplacement des organismes et le transport solide, est la clé de la reconquête des fonctionnalités des rivières et de l’atteinte du bon état écologique. Mieux gérer les ouvrages et réduire leurs effets négatifs sur les milieux aquatiques sont donc des objectifs majeurs.

 

Par rapport à la qualité de l’eau, l’amélioration liée aux traitements plus performants des eaux usées a mis en exergue, notamment sur les petits cours d’eau normands, d’autres problèmes de pollution liés à l’activité agricole (phytosanitaires, nitrates, matières en suspension entres autres) mais aussi des problèmes liés à la dégradation des habitats. En effet, l’évolution des pratiques culturales a accentué les phénomènes d’érosion, qui provoquent une dégradation de la qualité de l’eau et, en particulier dans les zones influencées par des obstacles à la continuité écologique, la stérilisation des frayères par colmatage. Les nutriments, à l’origine de l’eutrophisation, jouent également un rôle majeur dans l’aggravation récente du phénomène de carbonatogénèse dans les cours d’eau calcaires. Ces concrétionnements calcaires affectent principalement les radiers (zones peu profondes à écoulement rapide), qui constituent aussi les zones de frai des salmonidés dans les zones calcaires.

Marais du Cotentin

Les zones humides sont également fortement affectées par des pressions d’origine anthropique. Sur le bassin Seine-Normandie, les zones humides couvrent environ 600 000 ha, soit 6 % du territoire. Outre le rôle essentiel qu’elles jouent dans le fonctionnement des rivières et des vallées, les zones humides abritent tout particulièrement des milieux colonisables par l’anguille. Ces milieux se sont raréfiés avec la régression générale des zones humides qui s’est fortement accentuée au cours de la deuxième moitié du XXème siècle notamment sous l’effet du drainage, de l’aménagement des estuaires et de la poldérisation. Aujourd’hui leur rôle notamment écologique, ne fait plus débat. Cette prise de conscience a permis de ralentir leur destruction mais malheureusement sans stopper leur dégradation.

Changement climatique

Le changement climatique en cours est sans équivoque. Depuis les années 1950, la plupart des changements observés sont sans précédent depuis des décennies, voire des millénaires. L’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, les zones couvertes de neige ou de glace se sont réduites, le niveau moyen de la mer s’est élevé et les concentrations de Gaz à Effet de Serre (GES) ont augmenté. A titre d’exemple, la période 1983-2012, avec un réchauffement moyen estimé à 0,85°C, a probablement été la plus chaude période de 30 ans au cours des 1 400 dernières années. Bien que les systèmes naturels aient déjà été soumis à de fortes variations naturelles du climat au cours des temps géologiques (alternance de périodes glaciaires), la rapidité des bouleversements risque de fortement impacter la biodiversité à l’échelle mondiale.

 

Du fait de leurs migrations marquées par un changement de milieu, les espèces migratrices amphihalines sont sensibles aux changements environnementaux sur de plus grandes échelles spatiales que les espèces cantonnées à l’eau douce. De plus, les croisements entre stades de développement et milieu marin ou continentaux font que les effets du changement climatique peuvent être spécifiques à chaque stade de développement. La synchronisation entre périodes de migration, conditions environnementales et abondance des proies demeure également essentielle. Par conséquent, la modification de ces paramètres en réponse aux changements climatiques pourraient avoir de fortes répercussions sur les poissons migrateurs.

Déclin poissons migrateurs

Surpêche et braconnage

Tous les poissons grands migrateurs sont ciblés par la pêche professionnelle et par la pêche de loisir. Bien que par le passé, la surpêche a été identifiée comme l’une des causes de la raréfaction des poissons migrateurs, ces activités sont aujourd’hui encadrées de façon très stricte en eau douce et dans les eaux territoriales par de nombreuses mesures, par exemple :

 

– Période d’ouverture et de fermeture,

 

– Licences pour la pêche professionnelle et mis en place de quotas,

 

– Interdiction de la pêche de la civelle en Méditerranée,

 

– Quotas, bagage des prises et déclaration des captures pour la pêche du Saumon atlantique par les pêcheurs de loisir,

 

– Interdiction pour les pêcheurs de loisir de cibler les civelles et les anguilles au stade argenté et obligation de détenir un carnet de pêche,

 

– Interdiction de la pêche du Saumon Atlantique sur la Loire.

 

Néanmoins, pêcheurs de loisir, professionnels et scientifiques doivent rester très vigilants afin que les niveaux de captures restent compatibles avec le renouvellement des stocks.

 

De plus, il convient de noter que la pression exercée par les pêches légales encadrées est souvent amplifiée par des activités de braconnage plus ou moins organisées. Nous pouvons citer le braconnage des civelles qui alimentent très souvent des réseaux internationaux, de même en Normandie, la baie du Mont-Saint-Michel est bien connue pour abriter régulièrement des actions de braconnage du Saumon atlantique ou l’estuaire de la Touques pour le braconnage de la Truite de mer.

Braconnage Civelles

Enfin, en haute mer, l’absence d’encadrement des activités de pêche industrielle et le manque de coopération internationale peut représenter une grave menace pour des espèces comme le Saumon atlantique qui effectuent de longues migrations dans l’Atlantique Nord.

Pathogènes

Un ver parasite nommé Anguillicoloides crassus a été introduit en même temps que son hôte, l’anguille japonaise, en Europe. Ce ver occupe la vessie natatoire des anguilles. Cette vessie a un rôle de flottaison pour les poissons et leur permet notamment d’effectuer des oscillations journalières dans la colonne d’eau lors de leur migration marine vers leur lieu de reproduction vers la mer des Sargasses. Le blocage de ces oscillations pourrait nuire au dernier stade de la maturation des anguilles argentées.

Parasites anguille

Une étude réalisée sur la Loire sur les anguilles argentées montre que plus de 67% des femelles sont parasitées par au moins un ver

petit-poisson

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